Pourquoi une liste de contacts ne suffit pas en agence ?
La plupart des outils de prospection sont pensés pour une vente linéaire : un contact, une opportunité, une signature. En agence, l'unité qui compte est l'affaire. Une refonte de site, un plan social media annuel et un film corporate chez le même annonceur ne se suivent pas ensemble, ne se chiffrent pas pareil et ne se décident pas au même étage.
Les colonnes changent aussi. « Brief reçu », « go / no go », « recommandation présentée », « chiffrage envoyé », « en attente d'arbitrage budgétaire », « reporté au prochain exercice ». Cette dernière colonne est celle qui manque partout, et c'est la plus utile : un dossier reporté n'est pas perdu, il revient quand le budget se vote.
Ce que vous devez donc pouvoir faire sans développement : créer vos propres pipelines, nommer vos colonnes, en ajouter une quand votre façon de vendre change. Un pipeline imposé se contourne toujours de la même manière — par un tableur parallèle que personne ne remplit à jour.
Ce qu'une fiche affaire doit porter, en plus du contact
- La date et l'heure de remise, quand il y a une remise
- Le budget annoncé par le client, distinct du montant que vous chiffrez
- Le mode de venteforfait, régie au taux journalier, abonnement mensuel
- L'origineappel d'offres, recommandation, prospection sortante, client existant
- Les personnes impliquées côté client, avec leur rôle réel
- L'équipe pressentie chez vous, parce qu'un dossier gagné sans ressource disponible est un problème
- Le lien vers le devis, puis vers les factures qui en sortent
Comment tenir la date de remise d'un appel d'offres ?
Un appel d'offres ne se relance pas, il se rend. La date de remise n'est pas un rappel commercial parmi d'autres : c'est une heure après laquelle le dossier n'existe plus. Un CRM qui ne sait porter que des « relances à prévoir » vous fera manquer des réponses sans jamais rien signaler.
Concrètement, il faut une date portée par l'affaire elle-même, et des rappels datés en amont sur les étapes intermédiaires. Le go / no go se décide tôt, pas la veille : répondre coûte des jours d'équipe, et une agence qui répond à tout ne chiffre bien nulle part.
Ce qu'on voit quand ça se passe mal : le chiffrage est fait la veille au soir, sans relecture, et le taux journalier est arrondi vers le bas pour ne pas faire peur. Le dossier est parfois gagné — c'est le pire des cas, puisqu'il est gagné sur un prix qui ne couvre pas les jours.
Inscrivez aussi dans la fiche la date d'annonce du résultat. Un appel d'offres sans réponse trois semaines après la commission n'est pas un dossier mort : c'est un dossier à rappeler, et personne ne le fera si aucune date ne le remonte.
Les jalons à poser dès l'ouverture du dossier
- Décider de répondre ou non, et écrire la décision dans la fiche
- Poser les questions au client tant que la phase de questions est ouverte
- Caler l'équipe et le nombre de jours avant d'écrire le prix
- Faire relire le chiffrage par quelqu'un qui ne l'a pas fait
- Envoyer, puis vérifier que la remise est bien enregistrée côté client
- Reprendre contact à la date d'annonce annoncée
La date de remise n'est pas un rappel commercial parmi d'autres : c'est une heure après laquelle le dossier n'existe plus.
Chiffrer au taux journalier : que doit savoir faire le devis ?
Une agence ne vend pas des produits, elle vend des jours. Le devis doit donc pouvoir s'écrire en jours multipliés par un taux, profil par profil, et pas seulement en lignes forfaitaires. C'est cette structure qui permettra, plus tard, de comparer les jours vendus aux jours passés.
Gardez les deux niveaux : le détail en jours pour vous, la présentation en phases pour le client. Beaucoup d'annonceurs refusent de voir un taux journalier ligne à ligne, mais tous acceptent « conception », « production », « livraison ».
Le point à vérifier avant de signer un outil : le devis accepté se transforme-t-il en facture sans que personne ne retape les lignes ? Si la réponse est non, vous garderez deux vérités — celle du CRM et celle de la comptabilité — et elles divergeront dès le premier avenant.
Trois façons de vendre, trois suivis différents
| Mode de vente | Ce que porte le devis | Ce qui se facture |
|---|---|---|
| Forfait projet | Un périmètre et un prix ferme | Acompte, puis phases, puis solde |
| Régie au taux journalier | Un taux et un volume de jours estimé | Les jours réellement consommés |
| Abonnement mensuel | Un engagement de durée et un périmètre récurrent | Le même montant à date fixe |
| Frais refacturés | Un poste distinct, hors honoraires | Sur justificatif, au réel |
Un annonceur, plusieurs affaires : comment éviter les doublons ?
Le client récurrent est la première source de chiffre d'une agence, et le premier désordre dans un CRM. Trois personnes de l'agence créent trois fiches pour le même groupe, l'une au nom de la filiale, l'autre au nom de la marque, la troisième au nom de l'agence média qui sert d'intermédiaire. Six mois plus tard, personne ne sait combien ce client pèse.
La règle qui tient : une fiche par entité qui signe, des affaires rattachées dessous, et le nom de marque en champ secondaire. Le chiffre annuel se lit alors sur le compte, pas sur une addition faite à la main.
Les doublons arrivent surtout au moment de l'import. Vous reprenez un fichier de contacts sorti d'un vieil outil, les colonnes ne tombent pas en face, et vous découvrez le résultat une fois les fiches créées. Vérifiez donc qu'un import qui ne donne pas le résultat attendu s'annule en entier : c'est ce qui vous autorise à tenter la reprise un mercredi après-midi plutôt que de la repousser six mois.
L'import doit accepter le CSV et le XLS, parce que les exports d'agence viennent rarement d'un seul endroit : un tableur de prospects, un extrait de facturation, une liste de contacts de salon.
Chez le client, qui décide et qui signe ?
Sur un compte-clé, vous parlez à quatre personnes qui n'ont pas le même intérêt. Le CRM doit donc rattacher plusieurs contacts à une même affaire, avec leur rôle, et garder l'historique par personne. Sinon vous relancez celui qui vous aime bien, jamais celui qui débloque le budget.
Une précaution simple : notez qui vous a mis en relation. Dans une agence, la personne qui vous a recommandé change d'entreprise, et c'est souvent elle qui vous ouvre le compte suivant.
Celui qui tient le brief
Il connaît le besoin et jugera le travail. C'est votre interlocuteur quotidien, mais il ne décide pas seul du montant.
Celui qui tient le budget
Il arbitre entre vous et trois autres postes. Sa question n'est pas la qualité, c'est le calendrier de dépense.
Celui qui valide le contrat
Achats ou direction juridique, il n'apparaît qu'à la fin et peut décaler la signature de plusieurs semaines. Mieux vaut l'avoir dans la fiche dès le départ.
La rentabilité se joue-t-elle avant ou après la signature ?
Après. Un dossier gagné au bon prix et livré en deux fois plus de jours que prévu est un dossier perdu. C'est pour cela qu'un CRM d'agence ne peut pas s'arrêter à la signature : il doit garder, sur la même affaire, les jours vendus et une trace des jours passés.
Vous n'avez pas besoin d'une comptabilité analytique au quart d'heure. Vous avez besoin de savoir, à la fin du mois, quels dossiers ont dépassé et de combien. C'est cette information qui fait bouger le taux journalier de la proposition suivante.
Le dépassement a presque toujours la même cause : des allers-retours non prévus au devis. Une agence qui note les demandes hors périmètre au fil de l'eau, dans la fiche, facture l'avenant. Une agence qui les note dans sa tête l'offre.
Un dossier gagné au bon prix et livré en deux fois plus de jours que prévu est un dossier perdu.
Prospection sortante et recommandation : faut-il les suivre pareil ?
Non, et c'est une erreur fréquente. Une recommandation entre déjà qualifiée : elle demande un rendez-vous rapide et une proposition, pas une séquence d'e-mails. Lui appliquer un scénario de relance automatique est le meilleur moyen de la refroidir.
La prospection sortante, elle, se travaille par liste : une zone, une catégorie d'activité, une taille d'entreprise, une ancienneté. Une agence qui vise les entreprises de sa région créées il y a deux à trois ans ne cherche pas la même chose qu'une agence qui vise des directions marketing installées. Ces deux listes n'ont pas les mêmes messages ni le même rythme.
D'où l'intérêt de garder l'origine sur chaque affaire. Au bout de deux trimestres, vous savez d'où viennent les dossiers signés et où part le temps commercial. Beaucoup d'agences découvrent à ce moment-là qu'elles consacrent l'essentiel de leurs heures au canal qui signe le moins.
Que doit trouver le chef de projet le jour de la passation ?
Tout ce qui a été promis pendant la vente. C'est le moment où un CRM d'agence sert vraiment : si la production doit redemander au commercial ce qui a été dit, la promesse se perd, et le client s'en aperçoit avant vous.
La passation ne demande pas une réunion d'une heure. Elle demande que la fiche soit lisible par quelqu'un qui n'était pas dans le rendez-vous.
Ce qui doit être écrit avant de passer le dossier
- Le devis signé, avec le périmètre exact et ce qui en a été exclu
- Les engagements verbaux pris en rendez-vous, même minimes
- Le calendrier annoncé au client et les dates qui ne bougent pas
- Les interlocuteurs, leur rôle, et celui qui valide les livrables
- Les échéances de facturation déjà convenues
- Les points de friction repérés pendant la négociation
Comment facturer par phases sans tout ressaisir ?
En partant du devis, jamais d'une page blanche. Un projet d'agence se facture rarement en une fois : acompte à la commande, jalon à la validation de la maquette, solde à la livraison. Chaque facture doit reprendre les lignes du devis et indiquer ce qui reste à facturer, sinon vous oublierez un solde — c'est l'oubli le plus courant, et le plus cher.
Côté conformité, vos factures doivent respecter la norme EN 16931 et partir par des connexions officielles aux plateformes. Ce n'est pas un argument commercial, c'est ce qui évite qu'une facture soit refusée pour un motif de format alors que la prestation est livrée.